Chaire Unesco - Former les enseignants au 21e siècle

Peut-on former les enseignants par la vidéo ?

jeudi 20 février 2014

Peut-on former les enseignants par la vidéo ?

Tout Educ

Peut-on former les enseignants par la vidéo ?

" Quelles vidéos pour la formation des futurs enseignants ? C’est l’une des questions posées à la deuxième conférence de consensus/disensus de la Chaire UNESCO "Former les enseignants au XXIe siècle" qui avait pour thème, jeudi 23 janvier, "la vidéoformation dans tous ses états". Le cycle a déjà rassemblé 70 chercheurs, pour certains venus de Belgique, des États-Unis, du Canada et de Suisse, et Luc Ria, titulaire de la chaire, ne cachait pas sa satisfaction : "Cette ouverture internationale ( ) est très forte. Ces conférences s’installent dans une dynamique importante, avec un maillage entre décideurs politiques, chercheurs, formateurs de terrain, qui commence à donner un certain nombre d’effets." Celle-ci a mis en évidence "tous les possibles mais aussi les points d’alerte, la priorité étant la formation et non la vidéoformation, la vidéo n’étant qu’un media (...) on vise une professionnalisation médiée par la vidéo, avec un objectif éthique important d’accompagnement, d’aide et de mutualisation, et de plus en plus, une focale sur l’apprentissage et les activités des élèves."

Cyrille Gaudin, un doctorant toulousain, a d’ailleurs relevé qu’on disposait de peu d’études sur les effets dans les pratiques de classe et Simon Flandin, autre doctorant, ne croit pas à "l’autodidaxie" d’une autoformation, mais à une "écoformation" dans un environnement structuré. L’acte d’enseigner suppose une médiation humaine. André Tiberghien (Lyon-II) rappelle une étrange évidence : "les processus d’apprentissage des élèves, c’est une boîte noire pour les enseignants". Parce que la transformation des pratiques pédagogiques est complexe, Robert David (Montréal) présente un dispositif convaincant de "cercles pédagogiques" , alternant périodes consacrées à des capsules de formation et analyse de pratiques. Il dessine une déontologie des formateurs qui doivent établir un climat favorable aux échanges tandis que les participants doivent se sentir responsables de l’analyse des pratiques pédagogiques et des processus d’apprentissage des élèves.

Serge Leblanc (Montpellier) voit dans l’utilisation accrue de vidéos l’opportunité d’avoir accès à l’implicite, de mieux identifier les tensions, de mieux hiérarchiser les conseils. Il recommande de travailler sur la créativité pédagogique, et lui aussi prône une attitude empathique et curieuse pour réussir le processus de transformation professionnelle... Patrick Picard (IFE-ENS) souligne l’enchâssement de diverses dimensions, didactiques et professionnelles, dans ces vidéos tandis que Rosella Santaga (Californie), référence mondiale dans le domaine de la vidéoformation, met en garde : c’est un outil puissant mais non sans risques, à utiliser avec précaution. Brigitte Albero (Rennes-II) en appelle d’ailleurs à une "véritable interculture" des métiers de l’éducation et de la recherche en éducation : "en éducation, on ne peut fabriquer une connaissance découplée d’un ensemble de valeurs et d’un projet politique." Reste une autre question, posée à ToutEduc par une participante estonienne qui avait visité la veille le musée des frères Lumières : "This was my first visit to Lyon, and after visiting the museum of Lumiere brothers I can’t see no excuse why should anybody waist future teachers’ time with low quality videos." Certaines étaient en effet très médiocres. Au triptyque chercheurs – formateurs - enseignants, il conviendra peut-être d’ajouter à l’avenir les éditeurs de ressources. Ils n’étaient pas là, hors ceux, évidemment, de Néopass@action, produit par l’IFE."

Claude Baudoin

Source : Tout Educ, rubrique "Scolaire", paru le 26 janvier 2014.

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